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| crédit photo:au-Sénégal.com |
Il est très rare d’emprunter un bus
de transport en commun sans voir des photos de guides religieux accrochées à
l’intérieur. Ces ornements sont l’œuvre soient des apprenti-chauffeurs soient
des chauffeurs eux-mêmes. Si pour certains, ces représentations jouent un rôle
protecteur, d’autres pensent que c’est tout simplement pour embellir leurs
véhicules.
A l’intérieur
d’un car rapide, des photos de Cheikh Ahmadou Bamba (fondateur du mouridisme) remplissent
le pare-brise pouvant même gêner la vue. Cheikh Diouf roule tranquillement sur la route
de Yeumbeul sous les protestations des clients qui sont sûrement pressés. Mais le
Baye Fall reste imperturbable. « Ce n’est pas moi qui ai mises ces photos
ici, c’est plutôt le propriétaire. Mais tu sais, nous sommes des musulmans et talibés
(disciples) de Serigne Touba, donc son image à nos côtés nous rassure beaucoup.
C’est une sorte de porte-bonheur pour nous », affirme l’homme aux rastas
qui continue de faire la sourde oreille sous la colère de ses clients.
A quelques
encablures, au croisement, un car-rapide s’immobilise comme à l’accoutumé pour
attendre des clients. Cette fois-ci, les images des religieux ne sont pas très
présentes. Son chauffeur, la trentaine affirme, « non ce n’est pas
mon véhicule, on me l’a juste cédé pour quelques jours. Mais ces images servent
tout simplement à embellir l’intérieur du car ».Cure-dents à la bouche,
avec un petit sourire, celui qui préfère taire son nom poursuit, « chaque
chauffeur choisit les photos de son guide religieux. Il y’a cependant certains qui mélangent toutes les photos des
différentes confréries du pays. Cela
permet aussi de renvoyer une image positive à ses clients ».
Ce phénomène
ne laisse cependant pas indifférents certains .Il peut influencer sur le choix
du bus à emprunter. Moustapha Diaw un jeune lutteur assis discute devant sa
maison avec ses amis, « sincèrement
j’ai une préférence pour les cars dans lesquels sont accrochées des images des
dignitaires mourides. C’est personnel et c’est mon choix même si je n’ai rien
contre les autres. Je suis un disciple de Serigne Touba et tout ce que j’ai
dans ma vie, je le lui doit donc ça se comprend ».
Toutes les
figures religieuses sont présentes. Donc l’ornement dépend de ses goûts et de
son appartenance religieuse. L’ambiance est à son comble à cette mi-journée à
la station d’essence de Yeumbeul. Pendant que les populations vaquent à leurs occupations, la fumée des
véhicules pollue tranquillement
l’atmosphère. Le vieux Birame Kà, dont le car est pour le moment vide,
attend désespérément son
apprenti-chauffeur, parti chercher de potentiels clients, « c’est
pour avoir la paix et être en sécurité » balance-t-il, «Nous sommes dans un pays de paix raison pour
laquelle tout le monde et surtout nous
les chauffeurs devons la cultiver. Que ce soient des photos des guides de
confréries mouride, Tidiane ou chrétien, le but recherché reste le même. Ces représentations,
pour certains ont un caractère mystique car elles jouent un rôle de
protecteur», conclut le vieux avec la mine triste, surement fatigué par d’incessants
allers retours.
Au croisement « Serigne Assane » de
Guédiawaye, de jeunes chauffeurs se sont réunis sous une tente pour se protéger
de la forte chaleur. Deux d‘entre eux s’adonnent à un exercice de lutte pendant
que les autres font office de spectateurs. Maïssa Coura, un apprenti-chauffeur debout à côté du groupe : « nous
tenons beaucoup à nos guides religieux, c’est pourquoi nous accrochons
leurs photos à l’intérieur de nos cars.
Mais, cela a aussi un aspect ornemental. Si vous voyez bien y’a des chauffeurs
qui préfèrent les lutteurs et les musiciens. J’ai un ami qu’on appelle Boy Niang
(lutteur sénégalais) parcequ ’il a entièrement orné l’intérieur de son car des
photos de ce lutteur ».
En pause aujourd’hui, Maïssa Coura aborde un
autre aspect de ce phénomène : « ça ne dérange aucunement les clients, ils ont les mêmes sensations que
nous et nous appartenons aux mêmes confréries. Les musulmans et les chrétiens ont toujours cohabité dans la
cordialité au Sénégal, donc le problème ne se pose pas ».
Cependant,
ce fait n’est pas toujours effectif dans tous les bus de transport en commun.
Dans les bus « Dakar Dem Dikk »
par exemple, aucune image n’est accrochée à l’intérieur pour l’ensemble des
véhicules garés ou en partance au
terminus de Notaire à Guédiawaye en cette matinée. Même si les chauffeurs
refusent catégoriquement de s’exprimer
sur le sujet, il s’agit pour certains clients de leur statut de transport
public. De surcroit, ils doivent faire preuve de neutralité.
Au
volant de son bus tata de la ligne 30, Dieuwrine
comme l’appelle ses collègues, roulant vers Gadaye partage à peu près la
même idée que les autres chauffeurs. Des
photos de Baye Niasse (dignitaire de la confrérie Tidiane), derrière son siège
et celles de Serigne Saliou (fils de Serigne Touba) sur le pare-brise. Il
estime que ce sont les tapissiers qui installent souvent ces photos. Ils le font parce qu’ils croient en leurs guides religieux tout simplement. Dieuwrine
pense aussi que leur présence peut leur protéger contre le mauvais sort
et surtout les accidents.
Les
avis divergent sur le sujet. Les uns pensent que ces représentations peuvent
jouer un rôle protecteur aussi bien pour les chauffeurs que pour les clients
qu’ils transportent. Mais d’autres estiment que c’est tout simplement pour embellir
l’intérieur de leurs cars. D’un côté comme de l’autre, c’est un phénomène qui est
de plus en plus fréquent dans les cars de transport en commun surtout les
car-rapides et « Ndiaga
Ndiaye ».