lundi 8 mai 2017

Quand l’image des religieux orne l’intérieur des cars

crédit photo:au-Sénégal.com
Il est très rare d’emprunter un  bus de transport en commun sans voir des photos de guides religieux accrochées à l’intérieur. Ces ornements sont l’œuvre soient des apprenti-chauffeurs soient des chauffeurs eux-mêmes. Si pour certains, ces représentations jouent un rôle protecteur, d’autres pensent que c’est tout simplement pour embellir leurs véhicules.

A l’intérieur d’un car rapide, des photos de Cheikh Ahmadou Bamba (fondateur du mouridisme)  remplissent  le pare-brise pouvant même gêner la vue.  Cheikh Diouf roule tranquillement sur la route de Yeumbeul sous les protestations des clients qui sont sûrement pressés. Mais le Baye Fall reste imperturbable. « Ce n’est pas moi qui ai mises ces photos ici, c’est plutôt le propriétaire. Mais tu sais, nous sommes des musulmans et talibés (disciples) de Serigne Touba, donc son image à nos côtés nous rassure beaucoup. C’est une sorte de porte-bonheur pour nous », affirme l’homme aux rastas qui continue de faire la sourde oreille sous la colère de ses clients.

A quelques encablures, au croisement, un car-rapide s’immobilise comme à l’accoutumé pour attendre des clients. Cette fois-ci, les images des religieux ne sont pas très présentes. Son chauffeur, la trentaine affirme, « non ce n’est pas mon véhicule, on me l’a juste cédé pour quelques jours. Mais ces images servent tout simplement à embellir l’intérieur du car ».Cure-dents à la bouche, avec un petit sourire, celui qui préfère taire son nom poursuit, « chaque chauffeur choisit les photos de son guide religieux. Il y’a cependant  certains qui mélangent toutes les photos des différentes confréries du pays.  Cela permet aussi de renvoyer une image positive à ses clients ».         
   
Ce phénomène ne laisse cependant pas indifférents certains .Il peut influencer sur le choix du bus à emprunter. Moustapha Diaw un jeune lutteur assis discute devant sa maison avec ses amis,       « sincèrement j’ai une préférence pour les cars dans lesquels sont accrochées des images des dignitaires mourides. C’est personnel et c’est mon choix même si je n’ai rien contre les autres. Je suis un disciple de Serigne Touba et tout ce que j’ai dans ma vie, je le lui doit donc ça se comprend ». 
   
Toutes les figures religieuses sont présentes. Donc l’ornement dépend de ses goûts et de son appartenance religieuse. L’ambiance est à son comble à cette mi-journée à la station d’essence de Yeumbeul. Pendant que les populations  vaquent à leurs occupations, la fumée des véhicules pollue tranquillement  l’atmosphère. Le vieux Birame Kà, dont le car est pour le moment vide, attend désespérément  son apprenti-chauffeur, parti chercher de potentiels clients, « c’est pour avoir la paix et être en sécurité » balance-t-il,  «Nous sommes dans un pays de paix raison pour laquelle  tout le monde et surtout nous les chauffeurs devons la cultiver. Que ce soient des photos des guides de confréries mouride, Tidiane ou chrétien, le but recherché reste le même. Ces représentations, pour certains ont un caractère mystique car elles jouent un rôle de protecteur», conclut le vieux avec la mine triste, surement fatigué par d’incessants allers retours.
 
Au croisement « Serigne Assane » de Guédiawaye, de jeunes chauffeurs se sont réunis sous une tente pour se protéger de la forte chaleur. Deux d‘entre eux s’adonnent à un exercice de lutte pendant que les autres font office de spectateurs. Maïssa Coura, un apprenti-chauffeur  debout à côté du groupe : «  nous tenons beaucoup à nos guides religieux, c’est pourquoi  nous  accrochons  leurs photos à l’intérieur de nos cars. Mais, cela a aussi un aspect ornemental. Si vous voyez bien y’a des chauffeurs qui préfèrent les lutteurs et les musiciens. J’ai un ami qu’on appelle Boy Niang (lutteur sénégalais) parcequ ’il a entièrement orné l’intérieur de son car des photos de ce lutteur ».

En  pause aujourd’hui, Maïssa Coura aborde un autre aspect de ce phénomène : « ça ne dérange aucunement  les clients, ils ont les mêmes sensations que nous et nous appartenons aux mêmes confréries. Les musulmans et les   chrétiens ont toujours cohabité dans la cordialité au Sénégal, donc le problème ne se pose pas ».

                Cependant, ce fait n’est pas toujours effectif dans tous les bus de transport en commun. Dans les bus « Dakar Dem Dikk » par exemple, aucune image n’est accrochée à l’intérieur pour l’ensemble des véhicules  garés ou en partance au terminus de Notaire à Guédiawaye en cette matinée. Même si les chauffeurs refusent catégoriquement de  s’exprimer sur le sujet, il s’agit pour certains clients de leur statut de transport public. De surcroit, ils doivent faire preuve de neutralité.

                Au volant de son bus tata de la ligne 30, Dieuwrine comme l’appelle ses collègues, roulant vers Gadaye partage à peu près la même idée que les autres chauffeurs.  Des photos de Baye Niasse (dignitaire de la confrérie Tidiane), derrière son siège et celles de Serigne Saliou (fils de Serigne Touba) sur le pare-brise. Il estime que ce sont les tapissiers qui  installent souvent ces photos. Ils  le font parce qu’ils croient en  leurs guides religieux tout simplement.  Dieuwrine  pense aussi que leur présence peut leur protéger contre le mauvais sort et surtout les accidents.

                Les avis divergent sur le sujet. Les uns pensent que ces représentations peuvent jouer un rôle protecteur aussi bien pour les chauffeurs que pour les clients qu’ils transportent. Mais d’autres estiment que c’est tout simplement pour embellir l’intérieur de leurs cars. D’un côté comme de l’autre, c’est un phénomène qui est de plus en plus fréquent dans les cars de transport en commun surtout les car-rapides et « Ndiaga Ndiaye ».



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