CHEIKH DIOP, 46eme promotion CESTI
« ANTROPOLOGIE DE LA COLERE » de Célestin MONGA
Cette œuvre
intitulé « Anthropologie de la colère » est publiée en 1994 par l’économiste camerounais CELESTIN MONGA et
éditée par l’Harmattan. Il a publié beaucoup d’œuvres et d’articles explorant
plusieurs domaines de sciences sociales.
C’est un enseignent chercheur qui est actuellement à la Massachusetts Institue
of technology(M.I.T) à Cambridge aux Etats Unis.
L’Anthropologie
de la colère essaie de montrer comment les populations africaines tentent de
résister et de se défendre ainsi que leurs intérêts face à une élite qui n’est
animée que par un désir d’assouvir des
besoins personnels.
Pour ce faire,
l’accent est d’abord mis sur un processus d’identification de l’africain.
Celle-ci pourrait cependant lui permettre de mieux se connaitre pour pouvoir
entreprendre son avenir avec beaucoup plus d’assurance et de certitude. Et
selon l’auteur, cette tâche est d’autant plus difficile puis que les africains aujourd’hui s’inspirent des modes de vie, des
processus politiques et socio-économiques qui leur sont étrangers ce qui fait
que les autres ne les considèrent que comme des « pèlerins » ou des
« usurpateurs ». Si on prend la culture qui doit permettre à tout
peuple de s’identifier par rapport aux autres, on voit déjà le paradoxe puis
que ce soit notre musiques, danses et autres œuvres d’art n’ont de crédibilité
que lorsqu’elles sont reconnues par les occidentaux. Et pourtant dans beaucoup
de pays du continent, cette musique a été considérée comme un moyen de lutte
contre des gouvernants qui n’ont ménagé aucun effort pour la
« remettre » à sa place et limiter la culture à sa simple fonction de
divertissement.
Perdue dans
ces nombreux modèles importés, l’Afrique se cherche un mode démocratique qui
lui sera propre. Les jeunesses africaines ont essayé de prendre les choses en
main et étant donné que ni le contexte, ni les moyens ne permettent de le
faire, elles se sont tournées vers des méthodes très violentes et des fois
jugées anarchiques par les autorités. Il s’agit de la désobéissance civile, de
la marche de contestation et même des affrontements avec les forces de l’ordre
tout simplement car n’ayant plus le choix et poussées à bout par les
politiques. Dans certains cas ces, mouvements sociaux ont profité d’une
instabilité politique pour s’éparer du pouvoir, c’est le cas au Congo en 1977
avec Denis Sassou Nguesso et Yombi Opango. On est même allé jusqu’à optimiser
ces méthodes anarchiques pour les considérer comme le seul moyen légal à l’alternance
des pouvoirs actuels.
Epris de
liberté, les africains se détournent de plus en plus des hommes politiques qui sont tous les mêmes
et qui sont incapables de satisfaire leurs besoins. Etant donné que le cadre religieux
occupe une place importante en Afrique, les gens décident de se tourner
vers la religion dont les détenteurs
constituent de véritables « dictatures de l’idée du destin ». Ceci
est le fruit de la déception et du désespoir qui animent le quotidien de ces
peuples vis-à-vis des autorités politiques. Même si ces foyers religieux ne
peuvent pas améliorer les conditions de vie des africains, il n’en demeure pas
moins qu’ils participent pour beaucoup à l’apaisement et à la stabilisation des
pays africains.
L’autre
aspect c’est la cohabitation entre la société civile et la démocratie.
L’affaiblissement des régimes politiques africains en est la principale cause.
De surcroit les partis politiques naissent comme des champignons et chacun
essaie de tout faire pour gouter aux délices du pouvoir. A leurs côtés la société civile qui joue un rôle tout aussi
important.
C. Monga
tente d’abord de définir le terme qui a des fois du mal à aussi bien jouer son
rôle dans la vie politique que de se
trouver une certaine crédibilité devant la population. Dépourvus de pouvoirs,
les membres de la société civile africaine ont un énorme problème de communication.
Etant donné que les journaux publics comme d’habitude se rangent toujours
derrière un pouvoir qui continue de décevoir. De ce fait, ils sont obligés
d’utiliser d’autres canaux pour faire passer leurs messages. Par exemple au
Cameroun, « des titres officiellement interdis voir saisis ont été lus
dans toutes les régions du pays. Des photocopies d’articles censurés se vendent
sous le manteau et des stocks de revues interdites sont ventilés dans les
différentes localités, transportés par taxi-brousse ». D’autres moyens
sont utilisés, c’est le cas des affiches clandestines sur les places publiques.
Mais l’avantage de ces dernières est qu’elles atteignent le plus grand nombre
de personnes qui constituent le « bas-peuple » et à qui les messages
sont destinés. En fait c’est à cause de ces méthodes un peu
« violentes » et « anarchiques » de la société civile que
se pose la question de savoir si celle-ci
est vraiment civilisée ?
Cependant les
membres de cette société civile sont souvent accusés par les autorités d’être
des politiciens masqués et qui cachent sciemment leur volonté d’accéder à la
magistrature suprême. L’auteur a cependant essayé de donner une solution à
cette inconfortable place occupée par nos sociétés civiles en proposant
pourquoi pas une représentativité dans les instances de décision notamment à
l’assemblée nationale.
Ceci étant,
l’Africain se trouve désormais à la recherche de potentielles références qui
pourrait le sortir de cette situation d’assujettissement et le guider à adopter
une « nouvelle » politique différente de celle de ses dirigeants
actuels. C’est-à-dire une politique qui
prend largement en compte les véritables préoccupations de la société et une
plus large participation de la population dans la politique de l’Etat.
Il y a
cependant dans beaucoup de pays le
phénomène des « villes mortes » caractérisé par des grèves et
boycotts surtout dans le secteur public dans le but de paralyser le régime et
le monter contre la population. Il faut aussi en ajouter la désobéissance
civile qui consiste à un refus de payer aussi bien ses impôts que ses factures
d’eau et d’électricité pour diminuer « la capacité de nuisance de l’Etat ».
Ces méthodes constituent la nouvelle forme de « violence politique ».
Et pour ce
qui est des élections, contrairement à l’Occident, sont considérée comme un
acte banal et ne signifiant pas grand-chose pour le citoyen lambda. Ce
désintéressement existe tout simplement parce que ce dernier voit toujours les
mêmes tètes faire les mêmes promesses et se succéder les uns après les autres.
Même si on constate des manifestations avant et après les élections pour
montrer une certaine injustice, la situation reste la même et c’est toujours
cette bureaucratie qui finira par diriger.
Le fort taux
d’analphabétisme politique dont souffrent les peuples africains est selon Mr Monge la conséquence de cette situation. Même
les gens qui devraient prendre la relève ont du mal à s’imposer dans l’arène
politique et à proposer aux peuples des projets satisfaisants.
De ce fait
le trucage des élections et de mise le
vote n’est donc qu’un rituel pour le citoyen et le pouvoir en place fera tout
son possible pour gagner des élections dont il a lui-même choisi les dates et
les modalités de déroulement. Toutes les procédures et les calendriers
d’élections sont organisés par les institutions de l’Etat, ce qui rend la tâche
de plus en plus ardue à l‘opposition de remporter « officiellement »
des élections.
Pour ce qui
est des élections l’auteur a choisi l’exemple du Cameroun lors des
consultations de 1992 qui malgré plusieurs irrégularités notées du début, en passant par le déroulement jusqu’à
la publication des résultats finissent par proclamer la victoire du régime de Mr Paul BIYA. Et sur ce, la cour suprême
qui était sensée recevoir les requêtes et réclamations s’est déclarée à priori
incompétente et se contente tout simplement de la publication des résultats
définitifs.
De manière générale
« ANHROPOLOGIE DE LA COLERE » permet à l’Africain d’effectuer une
prise de conscience. C’est une œuvre qui regorge beaucoup d’importance et mérite
d’être considérée avec intérêt.
Les
relations entre le pouvoir, la population et l’injustice dont cette dernière
est condamnée au quotidien sont battues en brèche. C’est ce qui est à l’origine
de cette colère et les mouvements d’humeur qui caractérisent le quotidien des
populations autochtones.
Les exemples
illustratifs choisis par l’auteur répondent parfaitement à la situation
actuelle du continent. Et on pourrait même contextualiser ces évènements cités
avec ce qui se passe pour le moment avec des élections truquées, des opposants
emprisonnés, des constitutions tripatouillées, des leaders politiques qui ne se
soucient pas de la souffrance des populations et qui ne pensent qu’à se remplir les poches et se pérenniser au
pouvoir.
Mais il faut
noter aussi que Célestin MONGA dans cette œuvre soulève des problèmes réels du
continent et ses leaders mais ne proposent pas assez de solutions pour lutter
contre ces phénomènes. C’est une chose
de soulever des problèmes c’en est tout à fait une autre de tout faire pour les
résoudre. On est tous d’accord sur le fait que toute action doit d’abord être
théorisée, mais le continent a pour l’instant plus besoin des actes concrets que
des théories dont la plus importante
partie de la population n’a pas accès.
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